Le point sur la crise des déficits

Je ne suis pas économiste ni même quoique ce soit d’approchant, mais je tente quand même de faire un petit bilan et de résumé quelques réponses aux questions que le citoyen Bêta se pose. Il y a donc de grande chance que je sois au mieux imprécis, et voire même complétement faux ; n’hésitez pas à me corriger.

Le feu a démarré en Grèce, mais le terme de «Crise Grecque» n’est plus le mieux approprié, avoir recours à l’acronyme PIGS n’est pas très flatteur… En fait, c’est bien un défi lancé à la monnaie unique qui se révèle. Nous avons affaire à une mise à l’épreuve de l’Euro, ou une crise des déficits Européens.

L’euro est donc en danger ! Les marchés financiers spéculent (ils se sont calmés ces derniers jours cependant) sur un effondrement de la monnaie unique, le financement des pays endetté est de plus en plus difficile, les plans d’austérité font leur apparition, …

Comment en est-on arrivé là ?

Tout commence en décembre, peu après la frayeur de la dette de Dubaï, le gouvernement Grecque fraichement élu informe Brussel que les finances du pays sont dans un états beaucoup moins bon que le gouvernement précédent le laissait penser (et que Brussel aimait à le croire). Le déficit Grecque s’élève à presque 13 % du PIB. Les critères de Maastricht réclament pas plus de 3%.

Les agences de notation abaisse la note de la dette Grecque, chose rare, les états étant réputés solvables. Suites aux réactions de la commission Européenne et des marchés, le gouvernement Grecque présente des réformes pour ramener les finances du pays dans les critères de Maastricht.

Mi Janvier, la Grèce lance une opération de refinancement qui fonctionne très bien 1, mais ne parvient pas à maintenir cette dynamique, et les marchés repartent à l’inquiétude.

Comme les traités Européens ne prévoient aucune procédure pour venir en aide à un pays en difficulté (en fait, l’esprit est plutôt de les sanctionner), les investisseur s’inquiètent et commencent à bouder les titres Grecque, ou en demander plus d’intérêt pour couvrir le risque. À ce moment, il n’y a pas encore de crise et ces inquiétudes restent confinés aux marchés financiers et à ceux qui gardent un œil sur l’actualité européenne.

Fin Janvier, tout s’accélère : La possibilité d’un défaut Grecque (L’impossibilité pour la Grèce de payer) est clairement évoquée, les financiers étants peu convaincus par le plan de redressement proposé par le premier Ministre Papandréou. Le reste de l’Eurozone prend ses distance et hésite à s’avancer pour calmer les inquiétudes. Les doutes sur les finances et les dettes s’étendent à d’autres pays en particulier l’Espagne, le Portugal et l’Italie (et parfois aussi l’Irlande), ce qui conduit à l’apparition de l’acronyme PIGS.

Début Février, l’euro s’effondre, et l’économie des pays concernés est de plus en plus en difficulté.

A l’approche du sommet Européen et avec le vote validant la commission Barroso II, les marchés reprennent cependant leur calme. D’autant que des rumeurs d’une intervention Européenne, conduite par l’Allemagne, se font entendre. Les investisseurs reprennent également la raisons et se rendent compte qu’ils ont peut être été entrainés dans une attaque spéculative qui a artificiellement provoqué (ou au moins agravé) la crise2..

Quelles seraient les conséquences d’un défaut Grecque ?

Vous avez entendu parlé des emprunts Russes3 ? Et bien, sans rentrer dans le détail, la situation serait similaire : les titres Grecs perdraient toute leur valeur et la Grèce ne pourrait plus se financer, ou alors à des taux d’intérêt exorbitant.

Pourquoi cela pose tant de problèmes ?

Après tout, d’autres pays ont des dettes et continuent à dépenser… Regardez les États-Unis.

Et bien oui, les USA ont en effet un déficit de 1.6 trillion de dollars cette année, soit presque 8% de leur PIB et ils continuent à dépenser pour relancer leur économie.

Pourtant ils ne souffrent pas comme l’Euro… Cela c’est parce que la dette américaine est principalement achetée par la Chine ; qui a besoin de la consommation Américaine pour faire fonctionner son industrie à elle. La Chine continue à financer l’économie Américaine, car elle y gagne dans presque tous les cas.

Qui pourrait renflouer la Grèce ?

Pour ramener la confiance dans l’économie Grecque, il faudrait la renflouer, ou garantir sa solvabilité, comme cela a été fait pour les banques à travers le monde lors de l’effondrement financier de l’automne 2008. Le Fond Monétaire International (FMI) peut faire cela, le reste de l’Eurozone aussi – bien qu’il n’existe aucune procédure prévue à cet effet. En fait, les dirigeants Européens préfèreraient se passer du FMI et régler cette affaire en interne.

Systémique, Financières, Politiques, Structurelle,… Quelle est la nature de cette crise ?

Avant tout, cette crise montre qu’avoir une monnaie unique et une banque centrale unique sans avoir la politique unique qui va avec, est un facteur de risque, particulièrement lorsque l’économie mondiale n’est pas au mieux de sa forme – Ce n’est pas une grande surprise, mais jusqu’à présent, l’Eurozone misait sur une bonne disicipline budgétaire pour contrecarrer ce risque. C’est toute l’organisation de la zone euro qui est remise en cause et on peut, sans prendre de risque, parier qu’à l’issue de cette crise, l’eurogroupe va profondément se réformer (en tout cas, on le souhaite).

Le pendant Espagnole de la crise est décrit par Paul Krugman comme un cas d’école, l’Espagne n’ayant pas la liberté d’apprécier sa monnaie après l’éclatement de la bulle immobilière avec la crise économique de 20084.

Est-ce une conséquence de la crise financière ?

Cette crise a probablement été précipitée et amplifiée par la crise financière : les états ont dépensé beaucoup d’argent pour soutenir l’économie, et cela a creusé leur déficit, pendant que le respect des critères de Maastricht est devenu une priorité secondaire.

On a aussi dit que l’Euro nous avait protégé de la crise : c’est probablement vrai. L’impact sur les citoyen a peut être été atténué par la monnaie unique, mais les dégâts de la crise n’ont pas été annulés, juste déviés ; et ils apparaissent maintenant dans la crise des déficits.

La zone euro est-elle attaquée ?

Le déficit Grecque, et la situation budgétaire des autres pays attaqués, n’est pas brillante, c’est vrai… mais de là à mettre la zone euro à genou ?
A un moment où le leadership Européen reste timide et où la commission doit se renouveler, attaquer la zone euro par ces points faibles – i.e. par les pays en déficit excessif (c’est le terme utilisé par la commission)  peut être tentant, surtout si une panique des marché financiers envers la zone euro vous apporte un bon bénéfice à court terme. Certains indicateurs laissent penser que c’est le cas, comme J Quatremer l’explique ici.

Les autres pays de la zone Euro vont-ils payer pour la Grèce, l’Espagne ou le Portugal ?

Oui, et non. Oui, car il vont probablement aider financièrement la Grèce (notamment) à effectuer ses réformes structurelles. Ils achèteront peut être une part de la dette. Mais si ils garantissent la dette Grecque, Espagnole ou Portugaise, ils n’auront véritablement à payer une grosse facture que si l’un de ces pays fait effectivement défaut.
En bref : oui, le reste de la zone Euro va mettre la main au porte monnaie, mais il ne s’agit pas pour l’instant de payer l’intégralité du déficit Grecque par exemple (dont la valeur absolue est estimée – par moi même, mais sur la base de données sérieuses et se recoupant – à environ 30 milliard d’euro).

La crise des déficits peut elle encore s’étendre ?

Oui ! Nombreux sont les pays dans la zone euro à avoir des déficits au delà de la limite des 3%. Ils pourraient être la cible d’attaque similaire, et surtout pourraient être à l’origine d’un éclatement des critères de Maastricht. On parle de l’Irlande, même parfois de la Belgique. La France fait aussi face à un déficit supérieur à ce que réclame le traité de Maastricht. En dehors de la zone Euro, la Grande Bretagne se rassure car elle bénéficie de plus de liberté en matière de politique monétaire et économique.

Cependant, les rumeurs de bail-out qui arrivent depuis ce début de semaine portent à croire que la tempête sur l’euro va se clamer dans les jours à venir.

Ce qui va se passer dans les jours à venir :

La commission Européenne viens d’être validée par le Parlement Européen ; le conseil se réunit en sommet à Brussel autour de Herman Von Rompuy en fin de semaine : autant d’occasion pour l’Union de prendre des décisions et de déclarer leur soutient aux pays en difficulté. Les rumeur de plan de soutient se multiplient d’ailleurs ce Mardi soir.
Quelles sont les options pour l’union monétaire ?

  • Faire appel à la Banque Européenne d’Investissement5, qui finance normalement les projets de cohésion économique. Cependant, certaines déclaration mettent en doute une action reposant sur la BEI, même si celle-ci pourrait jouer un rôle secondaire dans le soutient aux pays endettés.
  • L’intervention du FMI : il entre totalement dans les missions du FMI de venir en aide aux états qui ont besoin de se re-financer. Cependant le FMI impose alors un certain nombre de conditions et les Etats de la zone Euro préfèrent régler le problème en famille.
  • Un soutient de la zone Euro: la difficulté dans ce cas vient du fait que les traités Européens ne prévoit pas cela, voir s’y oppose (Pour éviter justement que les états vertueux payent pour les dépensiers). Cependant des soutient bilatéraux entre états de la zone euro permettraient de financer les états dans le besoin.
  • Ne rien faire: Cela reste une option. Si l’Europe croit que le cadre de Maastricht est suffisant, il suffit d’attendre (et espérer) que les mesures prises par la Grèce notamment soient suffisantes pour ramener les déficits dans le droit chemin. Mais il est fort probable que des fortes déclarations de soutient de la part des autres pays utilisant l’euro seront nécessaires pour rassurer les marchés financiers.

Quoi qu’il arrive, La Grèce devrait émettre des emprunts obligataires le mois prochain, nous verrons alors si ce qui a été fait à ce moment aura été suffisant.

Enfin, une fois que les marchés seront revenus au calme (ou pour les y aider), la zone euro n’aura pas d’autre choix que de se pencher sur sa gouvernance budgétaire et économique. De profondes réformes devraient alors avoir lieu. En particulier, les dirigeants Européens auront beaucoup moins de remords à réguler les fonds d’investissement «hedges funds» si ceux-ci sont en effet à l’origine d’une attaque contre la monnaie européenne qui l’a mis en péril.

Quelles réformes pour la monnaie unique ?

Le problème auquel fait face l’Euro viens d’une politique ou trop ou pas suffisamment unifiée (selon votre point de vue sur l’euro et l’Union)

  • Trop car une seule banque centrale qui impose un taux directeur à 16 budgets différents va forcément poser un problème à un moment, c’est le problème de la taille unique.
  • Pas suffisamment, car ces politiques budgétaires pourrait être mieux centralisées et coordonnées (sentiment aux tendances fédéralistes je vous l’accorde).

La solution qui sera choisie par les pays de la zone Euro en réponse à cette crise déterminera le futur de la monnaie unique, et peut être même de l’Union Européenne telle qu’elle existe aujourd’hui.

Que vont dire les autres pays de la zone euros ?

Bien évidement les pays plus disciplinés de la zone Euro ne sont pas ravi de devoir mettre la main au porte-monnaie pour venir en aide à ceux qui ont dépensé au dessus de leur moyens. Bien qu’aujourd’hui presque tous les membres de l’union monétaires font face à des déficits excessifs par rapport aux critères de Maastricht6.

Il n’empêche les états fourmis ne peuvent pas payer pour les états cigales. Et si ils le font aujourd’hui pour sauver l’union monétaire – et la reprise économique dans l’Union, ils ne le feront pas tous les 4 ou 5 ans au gré des déficits… Il faut donc mettre en place des procédures d’alerte et de sauvegarde qui permettront de prévenir que ce genre de situation se reproduisent à l’avenir.

La monnaie unique s’en sortira-t-elle ?

Oui. Pour  plusieurs raisons. D’abord, démonter l’euro serait tout simplement un désastre, faire sortir un pays de la zone euro est déjà plus envisageable, mais cela représente également des bouleversements important qui éclipsent les possibles avantages.
Ensuite, parce que l’Union ne peut pas lâcher l’euro qui est l’une de ces réalisations les plus ambitieuses.
Par contre, sur le court terme, soyons réalistes, la vie ne sera pas rose pour la zone Euro: les emprunts des pays utilisant l’Euro vont être plus difficile à vendre. Et l’Eurogroupe va devoir se réformer pour rassurer les marchés. Cependant, voyons cela d’un bon oeil : la zone euro sera sans autre choix que de renforcer leur union et leur responsabilité les un envers les autres ; ce qui sur le long terme pourrait être bénéfique.
Le scénario le plus optimiste que l’on puisse imaginer c’est que d’ici aux prochaines élections pour le parlement Européen, tous les pays de la zone Euro soient de retour dans les limites du traité de Maastricht, avec une gouvernance économique et budgétaire plus claire et efficace.

Sources: pour un sujet aussi complexe, les sources sont de multiples natures et dans un volume énorme, donc je vous fournis dans le texte quelques références sur des points spécifiques, mais pour le reste, j’essaie justement de rassembler et résumer toutes les informations qui sont publiés chaque jour sur ce sujet.

Références:

1 http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/01/les-march%C3%A9s-financiers-sarrachent-la-dette-grecque.html

2 http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/02/gr%C3%A8ce-les-march%C3%A9s-redoutent-une-intervention-de-la-zone-euro.html

3 http://fr.wikipedia.org/wiki/Emprunt_russe

4 http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/02/09/anatomy-of-a-euromess

5 http://www.eib.org/index.htm

6 http://ec.europa.eu/economy_finance/sgp/deficit/countries/index_en.htm

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2 Comments on “Le point sur la crise des déficits”

  1. […] a comment » Depuis le dernier billet sur ce sujet, bien des choses se sont passées. Voici donc un nouveau point sur la situation de […]

  2. […] crise des déficits. Les éléments d’informations sur cette crise ont déjà été résumé ici et ici. Depuis la déclaration du conseil de soutient à la Grèce, les marchés sont restés […]


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