Agence de notations: quelques points à améliorer

Après le récent tir groupé de S&P et la dégradation des dettes souveraines de neuf états membres de la zone euro, c’est l’occasion de se poser quelques questions sur le fonctionnement de ces agences de notations (AN) ; et de conclure que nous avons besoins de telles agences, mais pas sous leur forme et fonctionnement actuel.

Ce n’est pas un secret: les employés des agences de notations ne sont pas des personnalités élues. C’est normal dans la mesure où les AN ne sont pas là pour faire plaisir à d’hypothétiques électeurs, mais pour décrire une réalité économique ou financière.

D’ailleurs, les AN sont indépendantes des gouvernements et de la politique pour cette raison: leurs analyses se doivent d’être complétement indépendantes de tous acteurs de ce qu’elles notent. Cependant, il est de moins en moins évident que les AN de notations soient vraiment indépendantes des marchés financiers – ce n’est pas qu’elles soient nécessairement à la solde de traiteurs, mais les annonces de dégradations ont de tels effets sur les marchés financiers que les AN peuvent être considérées comme des acteurs à part entière du marchés des dettes.

Et cependant, malgré cela les AN ne présentent aucune forme de garantie de responsabilité. C’est-à-dire que malgré leur influence sur les marché financiers, elles n’acceptent pas la responsabilité de cette influence. En effet, les AN rappellent souvent qu’elles ne font que noter la capacité d’un pays à rembourser ses dettes et que si un politique ou une situation économique a rendu cela difficile l’AN ne fait que prendre cela en compte.

De plus, les analyses des AN ne sont pas, comme peuvent l’être celles de l’OCDE, d’eurostat, … transparentes. Les décisions de notations sont prises derrière portes closes et sur la base de données non publiées. En bref, même si les AN expliquent les raisons de leurs notations dans les grandes lignes, la décision n’est pas prise d une façon transparente qui pourrait être contredite.

Si il existe au moins 150 AN, seuls trois dominent vraiment: Fitch, Moody’s, Standars & Poors. Ces trois là sont les seules qui comptent, le milieu manque clairement de pluralisme. De plus, elles ont tendance à se suivre dans leurs notations : la dégradations par l’une des 3 étant généralement le prélude de dégradation dans les 2 autres. Ce mimétisme peut être normal: si la situation économique justifie une dégradation, c’est une réalité qui devra être reflétée dans les notes des trois agences. Mais quand on sait les effets que peuvent avoir une dégradation par une AN sur la dette, cela entraîne mécaniquement un risque supplémentaire rendant encore plus probable la dégradation suivante.

Les notes données par les AN: AAA, Baa1, CCC+, … se veulent la synthèse de multiples paramètres d’une économie: croissance, dettes, politique financière et économiques, … tout cela est regroupé dans une échelle d’une dizaine d’indices qui soit disant prédisent le risque de défaut de paiement. Ces notes réduisent une réalité économique dans un indice assez grossier qui ne fait pas dans la finesse ni ne donne d’information temporelle. Car les notes sont révisées tous les quelques mois, alors que les emprunts d’états se font généralement sur plusieurs années.

Pour finir, nous devons nous rappeler que les AN ont tout d’un effet de mode: inconnues il y a quelques années, elles font maintenant partie du vocabulaire du grand public. Et plutôt que de rester discrète, elles n’hésitent pas à faire usage de cette nouvelle notoriété, tout comme les politiques qui utilisent aussi les notes pour justifier tel ou tel projet de réforme.

En bref, nous sommes confrontés à un groupe de seulement trois AN en situation de monopole, acteur du monde économique, opaques et donnant leur conclusion sous une forme manquant de détails, là où il serait préférable d’avoir une multitude d’observateurs transparents et analysant dans les détails et la nuance les situations économiques.

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One Comment on “Agence de notations: quelques points à améliorer”

  1. Aber says:

    Juste une ptiete précision: Aux réunions entre blogueurs et la présidence hongroise il y avait aussi de blogueurs qui ne sont pas des éditeurs de Bloggingportal.eu, comme une des blogueuses de , euroblog bilangue (allemand et français).


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